mercredi 14 mars 2007

Agatha



Depuis décembre, j'ai eu l'esprit bouleversé par les hormones et distrait par la venue de Léon. Je n'avais ni l'énergie ni la concentration nécessaires pour me consacrer à des tâches complexes ou à des lectures édifiantes. Je me suis donc laissée aller à un de mes vices secrets... la lecture de romans policiers. J'aime les intrigues qui laissent au lecteur la possibilité de trouver le coupable en lui fournissant quelques indices; j'ai horreur des effusions de sang, des descriptions minutieuses des tortures infligées à la victime et je suis frustrée par l'arrivée surprise, à la fin du roman, d'un élément clef qui explique tout. Les romans d'Agatha Christie sont prévisibles, mais parfaits: les personnages sont invariablement riches, élégants, nobles et propriétaires de manoirs dans la campagne anglaise; la moustache d'Hercule Poirot est toujours bien taillée et son arrivée sur les lieux du crime semble toujours due au hasard de ses pérégrinations d'éternel vacancier. Dans les romans d'Agatha Christie, les Anglais se méfient des étrangers et Hercule Poirot se moque des Anglais. Quelqu'un meurt dans un huis clos d'une dizaine de suspects et il ne me reste plus qu'à exercer mes méninges pour trouver qui a commis le crime et pourquoi il l'a fait. Je n'y arrive jamais, même si je remarque tous les indices minutieusement laissés au fil de la narration.

J'ai découvert Agatha Christie lors de longues et ennuyantes vacances d'été au début de mon adolescence. Mon père possédait, quelque part dans son sous-sol, une impressionnante collection de ses romans en format poche. J'allais en chercher quelques-uns que je dévorais en quelques jours, puis je les ramenais chez lui et en reprenais d'autres, en vrac. J'ai dû en lire une bonne quinzaine cet été-là, mais je les ai tous oubliés. Je viens d'en lire dix en autant de semaines, je les aurai oubliés d'ici dix jours. Avec Stephen King, Agatha Christie m'a initiée à la littérature. Ces livres de consommation rapide sont comme une drogue parce qu'ils sont agréables, anesthésient le cerveau pour quelques heures et on est incapable d'en décrocher même si on sait qu'on perd son temps. Mes titres préférés: The Murder of Roger Ackroyd, Murder on The Orient Express, The Hollow et Three Act Tragedy. J'arrête aujourd'hui...

1 commentaire:

Anonyme a dit...

Ma chère fille,

Puisque tu te préoccupes de la stimulation intellectuelle de mon petit-fils, ce qui est très bien, puisque aussi tu as déjà lu ma collection d'Agatha Christie, ce qui est bien aussi, j'aurais une proposition tout à fait désintéressée à te soumettre.

J'ai encore en main ma collection, bien conservée dans un sac d'épicerie en papier, ce qui est commode pour déménager! J'ai essayé à maintes reprises de m'en débarrasser, mais toujours les livres me reviennent. Je les ai offerts à la librairie de livres usagés Le Perroquet, à Rimouski; ils ont décliné même un don. Je les ai donnés à quelques-uns de mes amis, je suis allé les porter; les uns après les autres, mes amis m'ont rapporté mon sac. Et je ne me décide pas à les... jeter, non jamais!... mettre à la récupération, pas encore!

Alors, si tu acceptais mon sac, tous frais d'envoi payés à l'avance par ton père, moi je ferais d'une pierre deux coups, deux bons coups : 1) te remettre à titre de transfert générationnel du patrimoine familial une couple de douzaines d'artefacts qui sont à l'origine de ta vocation en littérature, ce que j'ignorais; et comme c'est souvent le cas pour des artefacts, ils portent de nombreux signes d'usure, ce qui démontre leur usage certain, et même les traces d'événements de petite histoire, entre autres celles de l'incendie de l'appartement familial qui a précédé ta naissance de dix jours; 2) garnir ta bibliothèque d'un mètre de stimulants pour développer la logique formelle de ton fils, ce qui viendra sans doute assez vite avec tout son bagage de symptômes ados!

C'est une proposition que tu ne peux certainement pas refuser, mais prends le temps d'y penser. Mon sac de livres est bien au sec.

Ton papa génial!